Chanson douce

Une chanson douce
Que me chantait ma maman,
En suçant mon pouce
J’écoutais en m’endormant.
Cette chanson douce,
Je veux la chanter pour toi
Car ta peau est douce
Comme la mousse des bois.

Non, nous sommes bien loin des paroles d’Henri Salvador… Cette histoire est à mille lieux d’une comptine pour enfants, bien que le loup soit présent et sournois. Au contraire, on se retrouve dans un drame psychologique tout en flash-back qui fait froid dans le dos. La première phrase donne le ton « le bébé est mort », et le crime a eu lieu dans le dixième arrondissement, rue d’Hauteville. Mais comment ? Et surtout pourquoi ?

Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d’un cabinet d’avocats, le couple se met à la recherche d’une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l’affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu’au drame.

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On découvre le couple phare de l’histoire Myriam et Paul, bobos parisiens, qui deviennent, tous les deux, vite insupportables. On ne peut avoir d’empathie pour lui qui est, à mon sens, coincé et vieux jeu. Quand à elle, on s’attache plus facilement à son personnage au début de l’histoire, mais on finit par ne plus la supporter. On apprend à connaître les enfants : Mila (la petite fille caractérielle) et Adam (le bébé plutôt sage) au fur et à mesure de l’histoire, qui s’adoucissent au contact de Louise, la fameuse nounou.

On décèle en cette nourrisse parfaite un « truc » bizarre, qui donne des frissons. Déjà pendant sa description : sa façon de s’habiller, de se maquiller etc… mais comme on dit « l’habit ne fait pas le moine ». On sent que cette femme a eu une vie complexe, un marrant violent, une fille difficile, des patrons sans-gêne, et une enfance douteuse. Rien ne présageait un futur heureux. Surendettée et seule au monde, c’est un personnage sérieux, on ne sait si l’on doit s’y attacher. Pitié ? Compassion ? Indulgence ? Au début peut-être… Par la suite ? Aucune idée. Je ne sais pas quel sentiment j’ai ressenti envers ce personnage. Quand on la présente, on découvre en elle une nounou irréprochable sortie tout droit d’un Disney, et le mot est faible. Elle cuisine, elle repasse, elle coud, elle fait le ménage, elle prépare la maison pour le retour de ses employeurs mieux que personne. Et s’occupe, bien sûr parfaitement des enfants. Et devance les désirs du couple sans même qu’il ne les formule.

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« Une haine monte en elle.
Une haine qui vient contrarier ses élans serviles et son optimisme enfantin »

Vers la fin du roman, elle devient particulièrement louche. A certains moments, son attitude envers les enfants paraît irréelle. Sans parler du passage de la morsure de Mila. La petite fille a-t-elle percé la vraie personnalité de sa nounou ? On ne le saura jamais. Est-elle bi-polaire ? Quand à la dernière balade au restaurant avec les enfants, en plein hiver, je ne m’attarderais pas. Je qualifierais Louise de perturbée, ne sachant plus comment sortir de la situation dans laquelle elle était (bien que si elle ne paie ni son loyer, ni ses impôts, que fait-elle de son salaire ?). Ses patrons, si indulgents et charmants avec elle au début de l’histoire deviennent méchants du jour au lendemain, sans vraiment de raisons. Elle ne peut demander de l’aide à personne et garde ses difficultés pour elle. On dirait une poupée désarticulée sans âme, sans espoir.

« Vous ne devriez pas chercher à tout comprendre.
Les enfants, c’est comme les adultes.
Il n’y a rien à comprendre »

J’avoue être heureuse de n’avoir pas d’enfants au moment où j’ai lu le livre. Au fur et à mesure des pages, je me suis posée la questions « mais qu’aurais-je fais, si je devais travailler autant et élever mes deux enfants en bas âge ? ». On ne peut pas en vouloir aux parents de mener une vie professionnelle. Ils se sont juste tromper de personnes, tromper sur leur choix de départ, tromper en la personne de Louise, et tromper d’avoir fait entrer dans leur maison, une femme perdue et déséquilibrée. On ne sait pas toujours qui ont fait rentrer chez soi.

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 J’ai particulièrement aimé la plume de l’auteure. Elle utilise des mots simples parfaitement assemblés pour faire d’une histoire banale, un vrai thriller.Primé du Goncourt de cette année, c’est un livre que je conseille sans hésitation. On ressent dans chaque phrase une émotion différente. Drame ? Suspens ? Leïla Slimani, offre au lecteur la place de spectateurs. Nous sommes les premiers à savoir, on voit l’esprit de la nounou dégringoler, sans pouvoir rien faire pour avertir les parents. Ils n’arrivent pas à voir la réalité en face car ils deviennent complètement dépendants de Louise. Elle dénonce sans tabous, les interdits de notre société, ceux qui rendent mal à l’aise : les sans-papiers, les inégalités sociales, le racisme, les femmes actives. Elle nous tient en haleine grâce à son talent d’écrivain, l’élégance et la sensibilité des mots qui nous bercent et qui se referment sur un drame sordide.

La petite biche est aux abois.
Dans le bois, se cache le loup,
Ouh, ouh, ouh ouh !

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